Presentación ¬ Ecoarte: l'art de la confluence
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Ecoarte: l'art de la confluence
María Novo

Le regard tourné vers un nouveau millénaire, comment scruter l’horizon sans un rappel du passé, de ce proche passé qui nous accompagne encore, dans le cadre historique de ce que nous avons nommé modernité ?

En passant de 2000 à 2001, nous laissons derrière nous un siècle de luttes et de conflits, de pressions sur l’environnement que nous n’avions jamais connues aussi fortes. Une étape où l’humanité a disposé à portée de main de moyens technologiques sophistiqués et les a utilisés, souvent, poussée par le seul intérêt économique, défiant les limites et les conditions posées par la nature. Nous avons vécu une violente contradiction entre l’économie, fonctionnant sur le court terme et la recherche du profit immédiat, et la nature, qui ne peut renouveler ses ressources qu’à long terme. Economie et écologie correspondent à deux logiques distinctes, à deux temps, deux rythmes difficilement conciliables. La prépondérance des valeurs économiques sur les valeurs écologiques est une des causes de la crise environnementale qui frappe notre planète.

Le vingtième siècle aura été une ère de construction (de nationalités, de modèles culturels, de systèmes de technologie avancée…) mais aussi, sans aucun doute, de destruction : d’organismes vivants, d’espèces, d’écosystèmes d’une grande valeur écologique, de la diversité et du patrimoine culturels.

Le théâtre de cette aventure est ce que nous appelons société de la mondialisation, dont la caractéristique essentielle réside dans une économie toujours plus planétaire et dans l’accumulation du pouvoir financier et de décision par quelques centres stratégiques, contribuant de beaucoup aux graves déséquilibres entre le Nord et le Sud comme à une problématique écologique préoccupante.

Il importe de rechercher les causes de cette crise, celle d’une société où la logique du savoir en tant que pouvoir a abouti à une logique de la domination en tant que destruction.1 Tel est, au bout du compte, le monde dont nous héritons, et cette interrogation sur les origines peut nous éclairer quant à certaines erreurs qui nous ont conduit là où nous sommes. Elle est nécessaire pour réorienter les modes de pensée et d’action susceptibles de nous aider, au matin du vingt-et-unième siècle, à surmonter cet état de conflit planétarisé.

Des multiples causes qu’il nous est possible de discerner (ignorance des limites de la nature ; confusion entre croissance et développement ; primauté donnée aux valeurs économiques sur les critères éthiques…), il est en une que j’aimerais, pour sa portée générale, souligner ici. Il s’agit de l’oubli ou de l’ignorance d’une idée capitale pour comprendre le fonctionnement du monde : l’idée d’interdépendance, qui nous dit que tout est intiment lié, dans le monde réel comme dans celui des apparences, que tout, même visuellement, est corrélé, pour savoir soumettre le sens de la vue à cette interdépendance.2 Il faut pour cela revoir la manière dont l’humanité, sur le plan physique aussi bien que social, a fait graviter sa pensée et ses actes autour de l’existence supposée de frontières.

Dans la sphère théorique, la physique et les autres sciences naturelles, sociales et humaines ont connu en leur sein de véritables révolutions qui allaient à l’encontre de ce phénomène de cloisonnement du monde. Mais ces révolutions sont restées, pour la plupart, circonscrites à l’univers des spécialistes ou des érudits. Dans le même temps, les sciences et les techniques régnantes maintenaient les hypothèses des siècles précédents, d’une science mécaniste envisageant le monde du vivant comme une banale machine que l’on pourrait décomposer, ainsi que le fait un horloger, pour, ses pièces prétendues indépendantes en mains, tout prévoir, tout contrôler et le cas échéant corriger.

Je me suis concentrée sur cet aspect : la fixation de frontières, en tant que vestige du vieux modèle réductionniste de la modernité qu’il semble nécessaire, à l’heure actuelle, de réviser. Je veux réfléchir sur la façon dont il reste présent dans nos vies, dirigeant l’économie, l’éducation et la culture, pour poser tout haut cette question : est-il possible que nous en nous défaisions, avec d’autres hypothèses anciennes qui ont prouvé leur inefficacité, pour sortir de la crise ?

On nous a inculqué une pensée basée sur les frontières ; on a tracé des démarcations précises sur les cartes et dans la vie, des séparations visibles entre les pays mais aussi beaucoup d’autres, matérielles ou symboliques, qui ont été déterminantes dans la formation de notre façon d’appréhender le monde :

- Frontières entre la nature et les êtres humains : la pensée scientifique de ces derniers siècles, héritière d’un idéal cartésien qui a fait le départ entre la « res cogitans » et la « res extensa », a imprégné durant le vingtième siècle non seulement les sciences et les techniques mais nombre d’autres domaines culturels, consolidant une cosmogonie qui conditionne puissamment les relations entre l’être humain et son environnement. Parce que la personne et la nature sont considérées comme des entités isolées, voire opposées, les actes de la première à l’égard de la seconde se vident de tout contenu moral qui aurait pu servir de correctif aux visées dominatrices de notre espèce. De même pour les relations entre les secteurs industrialisés de la planète et les cultures et communautés invisibles pour l’économie et, de ce fait, exclues du monde du bien-être.

- Frontière, également, entre la pensée occidentale, linéaire, et d’autres formes de pensée, par exemple orientales, plus proches des modèles circulaires que propose aujourd'hui la physique pour interpréter le monde. Notre idéal de vie, appuyé sur l’idée éclairée de progrès, débouche sur la défense rarement fondée d’une croissance économique synonyme de qualité de vie. Un siècle de confusion entre « plus » et « mieux » laisse derrière lui, désamorcés, non seulement la réflexion de nombreux philosophes et scientifiques sur la valeur du petit et de la différence entre « valeur » et « prix », mais les apports que nous aurions pu recevoir d’autres cultures dans un climat de dialogue et non de rupture épistémologique.

- Frontières, honteuses, entre les pays ou régions industrialisés et le reste de la planète. Au milieu du siècle, 25% de l’humanité consommaient 75% des ressources mondiales. Au terme de l’an 2000, ce sont 18% des êtres humains qui gardent pour eux 80% de ces ressources. Et l’horizon n’est guère prometteur si l’on doit en rester au vieux modèle économique d’accumulation.

- Frontières, séparations nettes, entre les centres de décision de l’économie mondiale (multinationales, bourses de valeurs…) et la périphérie, qui se borne à recevoir des ordres et à subir les conséquences de ce que d’autres décident pour elle, situation qui a fait dire à Nelson Mandela qu’il y a aujourd'hui « des mondialisateurs et des mondialisés ».

- Enfin, à côté de celles-là et de toutes celles que nous laissons ici au second plan, il est une frontière à mon sens essentielle, qui a sous-tendu tout ce qui est arrivé, lui a donné corps, et que nous sommes quelques-uns à vouloir briser, dépasser ou au moins changer. Il s’agit, bien sûr, de la division si fréquente entre le monde de la science et celui de l’art, qui les a vu cheminer l’un sans l’autre, parfois dans une ignorance réciproque, alors qu’ils sont tous deux des modes de connaissance et d’interprétation du monde, dont l’être humain a besoin pour se construire une vie équilibrée sur la planète.

Si nous savons quelque chose des frontières, de toutes les frontières, c’est leur caractère toujours forcé, artificiel, c’est qu’elles défient l’unité du réel, que leur fixité, comme toute fixité, est toujours momentanée,3 un peu illusoire. Nous savons aussi, l’histoire nous l’apprend, que cette idée a néanmoins conduit l’humanité à perdre le sens de la globalité (globalité des êtres vivants dans leur réseau de relations, de l’esprit avec le corps humain, de l’existant en tant qu’esprit et nature imbriqués).4

Ce phénomène est allé de pair – il ne pouvait en être autrement – avec un certain oubli de la valeur du sujet, de l’individu, aussi bien comme observateur de la science (un observateur longtemps mésestimé) que lorsqu’il est observé par celle-ci et que l’on prétend alors réduire l’être humain, dans sa spécificité unique, à des lois scientifiques générales.

Dans la pratique, l’individu créateur, le sujet de la connaissance, est l’interprète de la complexité du monde ; il « crée » la réalité en cherchant à la connaître, ainsi qu’il est dit dans l’un des poèmes de cet ouvrage. Et il la crée en mêlant à ce qu’il observe ses attentes et ses illusions, parfois aussi son désir de découvrir ce qu’il cherche. Ce faisant, il utilise l’intégralité de son être : raison et émotion, corps et esprit, théories et rêves. En d’autres termes, il interprète sans frontière... Sans frontière comme devrait l’être la construction de connaissances au siècle dans lequel nous entrons, époque postmoderne, où dépasser nombre des défauts et des excès de la modernité.

Car si la modernité eut une caractéristique, c’est bien ce propos de délimiter, de disséquer scientifiquement, de poser des séparations physiques et symboliques dans l’espace, dans les manières d’accéder à la connaissance, dans le mode d’utilisation des savoirs. Nous avons vécu un temps de césures et de spécialisation : les universités ont segmenté le savoir en départements, unités, disciplines ; la science a progressé en isolant des fragments de réalité soumis à la recherche, se préoccupant rarement de reconstituer ensuite le tout. L’humanité a organisé des espaces de vie, des domaines d’apprentissage, des lieux de loisirs, bien distincts, dans un processus réductionniste qui, en morcelant la vie, nous a laissés de plus en plus seuls.

Les résultats, on l’a vu, ne sont guère encourageants. L’environnement est un bon indicateur des effets négatifs de cette manière de concevoir le monde et d’agir sur lui. Dévastation de la nature, fossé économique et social entre le Nord industrialisé et le reste de la planète ; rupture des mécanismes de solidarité les plus élémentaires entre les générations et au sein des générations ; guerres, famine et misère pour une grande part de l’humanité : voici le bilan à l’issue du millénaire.

L’heure de la crise, cependant, est aussi celle du changement possible. Du constat d’échec d’une modernité qui n’a pas su tenir les promesses de ses grands récits d’émancipation,5 on peut tirer – et on a commencé à le faire – d’autres façons d’être et d’agir sur le monde, de voir et de nous voir, d’autres critères pour faire avancer la connaissance.

On entrevoit aujourd'hui un glissement de structures hiérarchisées à une société en réseaux ; des scénarios où l’importance du petit, de la décentralisation, passe au premier plan et se reproduit sans frontières… Nous sommes au matin passionnant d’une postmodernité possible, où loin de penser des objets isolés, on commence à réfléchir en termes de relations, de liens unissant ce qui était apparemment séparé ou semblait antagonique : l’un et le multiple, l’intérieur et l’extérieur… la science et l’art.
Dans ce contexte pourra peut-être prospérer un nouveau concept de frontière, dans lequel celle-ci ne sera plus ce qui sépare, ce qui divise deux réalités et instaure un monde d’éléments antagoniques.6 La frontière sera ce tissu poreux et transparent au travers duquel, par osmose, ce que nous nommions « contraires » se mêle et trouve une place pour dialoguer : l’ordre et le désordre, le vide et le plein, le pensé et le ressenti. Et, de même, la création artistique et l’entreprise scientifique.

Cet autre concept de frontière pourrait contribuer au nouveau modèle qui se fait jour alors que nous dépassons le stade de la modernité. La frontière y serait ce qui unit deux réalités, zone interstitielle où se produisent des rencontres vitales d’une signification particulière : celle de l’être humain avec son environnement, de groupes sociaux de différentes origines culturelles, ou encore celle d’écosystèmes négociant la vie sur des espaces partagés, tels les écotones, ces zones de transition, interfaces entre la forêt et la prairie ou entre la terre et la mer.

D’un point de vue écologique, les écotones méritent une attention spéciale, comme tout ce qui possède une grande valeur. Ce sont des écosystèmes du plus haut intérêt, mais aussi d’une grande fragilité et vulnérabilité. Les échanges qui s’y opèrent sont indispensables à la vie parce que, justement, il s’agit de lieux où s’opèrent l’union et la mise en relation. Les écotones sont l’image même du nouveau concept de frontière, vu sous l’angle positif de l’intégration. Nous avons leur exemple pour commencer à comprendre la fusion possible de deux formes de connaissance, la science et l’art, de deux lieux de passage incités à la symbiose, deux opportunités de rencontre, deux façons de s’étonner et de questionner, deux langages qui ont besoin l’un de l’autre, dont nous avons besoin, pour appréhender le macrocosme et la place du moi dans le microcosme qui le reproduit et nous accueille.

Le vingt-et-unième siècle est l’occasion de mettre en pratique ce nouveau concept de frontière, abandonnant celui qui nous a menés à la crise. Nous commençons à voir la science et l’art non comme des réalités distinctes, mais comme les manifestations d’une même réalité : le grand hologramme du monde. Tous deux s’offrent à nous comme des voies d’accès à la connaissance de cet unique espace habitable qu’est notre planète, lieu de bonheur dès la responsabilité.

La rencontre de la science et de l’art apparaît ainsi non seulement comme l’expression d’un nouveau modèle environnemental qui nous permettra de sortir de la crise, mais comme une vraie chance de prouver la complémentarité de tant d’éléments que le vieux modèle nous présentait comme opposés : l’être humain et la nature ; le visible et l’invisible ; le masculin et le féminin ; l’imagination et la raison ; l’action de modifier l’environnement, et l’exercice responsable de la conscience.

En ce tournant du millénaire qui marque la fin d’une modernité faite de tant de disjonctions, nous sommes quelques-uns à tenter de montrer la complémentarité de ces deux langages pour rendre compte de l’environnement et des lois de la vie. J’ai baptisé ECOARTE le travail que je réalise dans ce domaine depuis 1986, parce qu’il représente une alternative au vieux modèle qui a engendré la crise environnementale et entend intégrer une interprétation du monde fondée sur les sciences expliquant la vie sur la Terre, et la recherche, l’imagination et l’expression artistiques. Que l’on ne s’y trompe pas : le projet ne se définit pas par son utilitarisme – loin de là mon intention – mais par ce qu’il recèle d’utopie possible, de vision prospective d’un au-delà qui serait lieu de rencontres.

Cet « éco-art » surgit donc comme un art métis, né de la confluence de deux savoirs, scientifique et artistique, en vue d’une interprétation de l’environnement. Un art de la réconciliation, de la recherche commune, pour renouer les dialogues perdus et nouer les liens qui ne l’ont jamais été. Un art, ainsi conçu, très proche des attentes de la postmodernité qui recherche, elle aussi, à concilier deux mondes et deux formes de connaissance trop longtemps désunis, artificiellement séparés.

Science et art sont en effet essentiellement tous deux des formes de connaissance, des langages, qui s’efforcent de répondre aux mêmes questions, au besoin d’atténuer la peur que suscite en nous le vide, l’ignorance. La science se fonde sur la présomption que la nature peut être comprise et décrite « telle qu’elle est ». Ce modèle présentant la connaissance comme la « représentation » du monde a eu sous l’ère moderne de nombreux détracteurs (Nietzsche et Heidegger, pour n’en citer que deux) et a été démantibulé au sein même de la sphère scientifique, notamment avec les progrès de la physique du vingtième siècle et le développement des théories cognitives constructivistes.7

L’influence de l’observateur sur ce qui est observé, l’impossibilité de « mesurer » sans influer sur la mesure, les limites des instruments avec lesquels nous observons, ont mis en cause cette prétention à la validité totale, objective et universelle de la connaissance scientifique. Nous préférons rappeler aujourd'hui, avec Maturana,8 que tout ce qui a été dit l’a été par un observateur, renvoyant à l’affirmation énoncée des années avant par Nietzsche, selon laquelle il n’existe pas de faits, mais seulement des interprétations.

Les progrès scientifiques, néanmoins, ont résolu un très grand nombre de problèmes posés à l’humanité. On se tromperait en méprisant la valeur d’un savoir, celui de la science, qui traduit un immense effort de l’être humain tout au long de son histoire. La science est et restera une tâche noble et ardue, ayant pour caractéristiques essentielles :

- la recherche de l’objectivité maximale ;
- la formulation de lois ou de principes généraux ;
- l’intelligibilité, c’est-à-dire la capacité de ces lois ou principes à exprimer sous une forme synthétique (« comprimée ») les systèmes par les phénomènes qu’ils représentent, la « compréhension » étant directement liée à cette « compression » ;
- la soumission à la démarche dialectique admettant que la connaissance, pour être scientifique, doit pouvoir être démontrée fausse, démolie par l’expérience ou par de nouvelles lois ou théories décrivant mieux le même objet.

En science, la méthode est essentielle. La méthode scientifique exige du chercheur, comme on vient de le dire, la plus grande objectivité possible, autrement dit la plus grande distance possible entre l’observateur et l’objet observé. Un autre aspect essentiel est l’intelligibilité des processus et des résultats, sur la longue route qui consiste à délimiter des parcelles de la réalité, fixer leurs limites, les isoler, négliger les variables cachées, etc.

Lorsque la science parvient à des lois ou des principes prétendant à l’universalité, il faut se souvenir que les lois de la nature sont fondamentalement probabilistes, c’est-à-dire qu’elles expriment ce qui est possible et non ce qui est « certain »,9 qu’elles ne nous indiquent, en fait, rien d’autre que des « sens interdits », ce qu’il est impossible de faire, mais jamais de « sens obligatoires ». Selon l’affirmation de Bateson, la science améliore parfois les hypothèses, parfois les réfute, mais les « prouver » est une autre affaire : la science recherche, elle ne prouve pas.10 Ce point, fréquemment oublié ou occulté, nous ramène à la vieille maxime de Socrate, qui déclarait que la science réside davantage dans l’élimination d’erreurs que dans la découverte de vérités et, plus près de nous, à la formule d’Ortega y Gasset, selon laquelle la science est ce qui prête toujours à discussion.

Quant à la démonstration dialectique de fausseté, il convient de tenir compte du fait que l’entreprise scientifique est, par essence, autocorrective11, et que si un élément de connaissance scientifique se heurte à l’expérience ou à une autre théorie mieux adaptée au phénomène étudié, il sera remplacé par ce nouvel élément. Nous sommes donc amenés à comprendre que les vérités scientifiques sont par définition provisoires, révocables.

Qu’en est-il de l’art ? En quoi est-il produit et se manifeste-t-il comme un apport humain au phénomène de la vie ? Il constitue, naturellement, une autre forme de connaissance, tout aussi légitime que la science, mais distincte, complémentaire, et comme elle incontournable pour comprendre le monde, l’environnement qui nous entoure.

L’art repose sur le postulat que les êtres humains peuvent pressentir, connaître, imaginer, exprimer des aspects de la réalité par le truchement de mécanismes qui seraient déplacés dans le cadre de la science, et que nous contribuons ce faisant, comme l’affirme Jorge Wagensberg, à dévoiler des facettes complexes du monde inintelligibles d’un point de vue scientifique.12 L’intuition, l’imagination, l’aptitude à établir des associations inédites, sont en effet des aptitudes de l’être humain qui permette d’accéder à des espaces et à des niveaux de complexité impossibles à appréhender ou à comprimer dans une théorie, une formule ou une loi générale.

Je ne pense pas seulement à des expériences complexes comme la douleur, la joie, le mystère d’être en vie, la faculté d’aimer, mais à des énigmes que la science tente d’expliquer depuis des siècles sans l’avoir fait encore totalement à ce jour :

- l’infiniment grand (le cosmos),
- l’infiniment petit (l’univers subatomique),
- le vivant (le phénomène de la vie dans sa globalité).

Comme la science, l’art naît de l’étonnement, du questionnement, du doute, de la peur, mais en partant de prémisses et d’attitudes autres, en employant des ressources qui n’appartiennent pas à la première, en tendant vers des résultats qui échappent à toute objectivation. La science vise avant tout à définir des lois ou des principes généraux. Pour l’art, la raison première réside dans l’individualité et la différence de l’artiste, dans l’originalité de l’œuvre en ce qu’elle a précisément d’unique et d’irremplaçable.

Or, outre sa fonction révélatrice, l’art porte en lui l’opportunité de créer la réalité (et pas seulement de la connaître). Il est un espace privilégié de création de connaissances. C’est ce qu’entendait, sans doute, Holderlin, en disant que l’être humain habite « poétiquement » la terre : en tant que créateur. C’est là une idée souvent transmise par la philosophie à la science : l’art imite la nature, parce que telle est justement la seule activité humaine supposant une création au sens strict, faisant de l’artiste le co-créateur de son environnement.

Dire que l’œuvre d’art est « une œuvre de la nature », c’est dire que l’artiste, le créateur, ne se soumet pas forcément à des lois imposées de l’extérieur, mais se donne ses propres règles, crée en totale liberté, à l’instar, à l’exemple de la nature. Comme elle, il est libre,13 comme elle il crée, fréquemment, dans des conditions éloignées de l’équilibre, suivant un processus d’auto-organisation.

Que nous offre alors l’art que la science ne peut nous donner ?

Paul Klee a su parfaitement le formuler en quelques mots : l’art est ce qui rend visible l’invisible. Il consiste pour nous à être capables de voir et d’exprimer ce qui ne se manifeste pas en apparence mais qui existe, dans le monde réel ou imaginaire.

Créer, agir à partir de l’art, nous permet d’opérer cette réorganisation entre l’imaginaire et le réel en instaurant des liens entre ce que nous suggèrent les sentiments, les émotions et l’activité mentale organisée. Comme en science, la méthode en art est fondamentale. Mais il s’agit, on s’en doute, d’une méthode différente, guidant d’autres processus et produisant des réponses d’un autre ordre :

- Face au dessein d’universalité de la science qui tend à homogénéiser, à réunir les différences sous des lois ou des principes d’application universelle, l’art cherche à créer et à exprimer ce qui est différent, unique, irremplaçable.

- Face à la nécessaire séparation scientifique entre l’observateur et l’observé, l’art se fonde sur l’implication de l’artiste dans son œuvre, soit dans une attitude esthétique de retrait, de silence créateur, ou bien pour laisser l’imagination créatrice permettre la communication entre la personne qui crée l’œuvre et celle qui, en l’abordant, la recrée.

- Face à la notion d’intelligibilité de la science (et de « compression » des lois scientifiques) que suppose l’acte d’isoler, de délimiter, l’art ne tente pas de réduire la complexité, il se borne à l’accepter. Il se contente de la recréer, de l’imaginer, de représenter les aspects du réel ou de l’imaginaire qui se manifestent à l’artiste, laissant l’explication finale non comme quelque chose de construit à l’avance, mais comme quelque chose qui se construit dans un acte irremplaçable : la rencontre entre deux subjectivités entières, celle de l’artiste créateur et celle du spectateur interprète, qui fait de l’œuvre d’art une entité vivante, ouverte, par essence inachevée.

- Enfin, l’art ne saurait être soumis à la démonstration de sa fausseté, puisqu’il ne prétend ni à l’universalité, ni à la vérité. L’œuvre d’art, par définition, est évocation, incomplétude. Face à la volonté de dénoter de la science, l’art ne fait que connoter, rendant par là même la récréation possible et donnant, parfois, à l’œuvre plus de significations et d’autres significations que celles que lui octroya sur le moment son créateur.

L’art est ainsi espace de liberté, où l’on peut imaginer des mondes possibles et leur donner forme. Espace de création et de communication où fleurit la diversité, où l’on peut étudier, interpréter l’existant, et l’anticiper.

Sur ce pouvoir d’anticipation de l’art, les histoires sont nombreuses et très belles. Les tableaux de Turner en sont un exemple. Le peintre sut dépasser les vieilles règles géométriques en imposant les siennes propres, celles de la lumière, de l’air et de l’eau animés par un tourbillon permanent. On s’étonnera, avec Bohm et Peat, que ces œuvres aient été peintes trois siècles avant la publication par J.C. Maxwell de sa théorie électromagnétique de la lumière, révélant, en lieu et place de l’ordre newtonien aux trajectoires linéaires et aux formes rigides, des champs de rotation interne en mouvement perpétuel. On peut presque voir ce mouvement dans le Regulus, où l’air et l’eau remplacent la vieille structure linéaire.14

Retournons de nouveau a la science, a son enorme valeur : sans elle, nous n’aurions ni vaccins, ni antibiotiques, ni boussoles pour guider nos pas, ni eau potable… Nous ne pourrions pas non plus comprendre bien des facteurs complexes du comportement humain, de l’apprentissage, du fonctionnement des individus et des groupes. Le travail scientifique est une noble tâche et la science possède de surcroît un avantage : on peut l’enseigner. Le savoir scientifique est transmissible ; mieux, les connaissances se construisent sur celles qui les ont précédées, la résolution des problèmes est ainsi une longue route sur laquelle les scientifiques marchent sur les « traces » de leurs devanciers.

L’art, lui, ne s’enseigne pas. On peut certes enseigner, comme le disait Borges, l’amour de l’art : apprendre à regarder, à écouter, à percevoir… Ce n’est pas rien. L’amour de l’art peut changer notre regard, faire de nous la part active de cet exercice de séduction qu’est la rencontre de l’œuvre d’art et du spectateur (séduction qui englobe aussi l’artiste créateur, si souvent séducteur imaginaire et imaginé). Mais l’essence de l’œuvre d’art réside dans cet acte ineffable de l’intuition première, presque toujours donné dans la solitude, miracle rare produit, selon les mots de Valente, dans tout l’espace de l’être, sans aller vers quoi que ce soit.15

Même ainsi, néanmoins, l’œuvre créée dans cet instant de silence finit souvent par trouver dans le monde un lieu pour dialoguer, un moment où quelque autre se fait complice du regard premier, où créateur et spectateur mêlent leur intuition ou leur désir, unissent enfin le visible et l’invisible.

Dans cet exercice, lorsque l’œuvre d’art est perçue par le spectateur en un équilibre subtil entre le trop évident et le trop difficile,16 sont mobilisés, comme dans l’acte de création, cœur et raison, corps et esprit, réalité et imagination. L’essentiel de la méthode artistique tient ici à cette « ouverture des frontières » (dans leur ancienne acception) qui fait que ce que nous pensons et ce que nous rêvons ou découvrons tend à se fondre avec le cosmos en un espace unique abritant l’accord du moi et du nous, de l’ordre et du désordre, du hasard et de la nécessité : un séjour où se rejoignent la contingence de tout ce qui vit et la capacité de transcender notre existence.

Les frontières sont alors des corps perméables, de minces et fines membranes laissant passer l’onde de part et d’autre. Disparues les fausses limites entre le microcosme (l’univers du moi et de son environnement) et le macrocosme (le vaste espace qui nous entoure tous), la vie s’installe en se métissant, invitation à habiter dans la coopération et la compassion cette chaude planète ou l’amour s’éveille menacé,

Mais s’éveille, enfin,
Et nous réveille.

Au bout du compte, on peut se demander s’il existe, du moins quant à la méthode, une expérience ou un moment communs où se confondent l’entreprise scientifique et artistique. Il semble que oui, et à plus d’un titre. Il suffit de penser, par exemple, à la façon dont l’imagination scientifique entre en jeu à l’heure décisive de formulation d’une hypothèse. L’esprit du scientifique fonctionne alors comme celui de l’artiste. Il fait appel à une multitude de liaisons inédites, de liens inventés, inexistants. Formuler une hypothèse est un acte créateur qui tente aussi de rendre visible l’invisible, même s’il suivra après d’autres voies pour y parvenir.

Certains experts17 insistent sur le rôle déterminant des « présupposés thématiques » ou thêmata dans l’orientation des découvertes scientifiques, soulignant la place de la formation et des sources imaginaires de chaque chercheur (contacts, éducation, lectures…) dans ses attentes à l’égard de ce qu’il espère ou souhaite trouver, voire dans l’explication qu’il en donne. Cette influence, admise en général dans le domaine artistique, conditionne la méthode scientifique et agit – qu’on le veuille ou non – tout au long de son application. Voilà qui rapproche l’un et l’autre mode de création de la connaissance ou du moins diminue la distance entre eux.

Revenons-en à la crise et à ses enjeux : il n’est pas impossible d’affirmer que si la modernité nous a accablés de fausses dichotomies, la nouvelle ère qui débute nous incite à réunir ce qui était séparé. Théories et rêves, corps et esprit, science et art, analyse et créativité apparaissent, dans cette perspective, comme des formes complémentaires appelées, avec le changement de millénaire, à renverser leurs barrières pour offrir aux êtres humains un discours intégré et intégrateur : celui de la connaissance produite dans les interfaces entre nos cognitions et nos émotions, entre ce que nos sens perçoivent et ce que notre esprit conçoit.

Tout le vingtième siècle aura été une lente mais inexorable préparation à cette rencontre. Depuis que Max Plank, Einstein, Bohr et beaucoup d’autres ont fait les premiers pas vers la destruction de la vieille conception mécaniste du monde, les scientifiques ont accompli un parcours d’humilité, de reconnaissance de leurs limites et aussi d’acceptation d’autres savoirs en tant que catégories complémentaires et nécessaires pour l’interprétation du Tout.

David Bohm disait que la nature travaille plus en artiste qu’en ingénieur et demande, par conséquent, une attitude fondamentalement artistique pour être comprise. De nombreux scientifiques ont partagé cette vue et recouru à la métaphore de la nature « œuvre d’art »,18 tandis que d’autres19 comparent, avec un sens artistique évident, le passage de l’entreprise scientifique de l’ancien au nouveau modèle à l’abandon des « horloges pour les nuages » (c’est-à-dire d’une science mécaniste, se préoccupant de phénomènes réversibles, à une science ouverte à l’incertain, à l’indéterminé, au flou… à la vie dans toute sa complexité).

En 1975, un physicien, Frithof Capra,20 posait à haute voix une question que beaucoup avaient murmuré avant : la physique moderne a-t-elle un cœur ? En 1979, Ilya Progogine, prix Nobel de chimie, écrivait avec la philosophe Isabel Stengers un livre magnifique dont le titre symbolisait le rapprochement de la science avec d’autres savoirs : La nouvelle alliance.21 Un tel ouvrage annonçait une possible union entre la science et la philosophie, ainsi qu’un mouvement d’attraction poussant les disciplines scientifiques à s’associer entre elles, donnant naissance à des domaines interdisciplinaires d’une extraordinaire fécondité.

L’art et les artistes ont parcouru, de leur côté, une trajectoire similaire. Depuis l’avènement des avant-gardes artistiques, tout le vingtième siècle a été fertile en courants et convulsions interpellant et questionnant la cohérence et les limites du rationnel.

Des mouvements comme le Bauhaus, en Europe, se sont attachés à intégrer la capacité de vécu subjectif et celle de reconnaissance objective, ainsi que l’annonçait Itten,22 l’un de se grands pédagogues. En même temps, les avant-gardes artistiques ont apporté, avec leurs différentes manifestations, des propositions pour passer de la nostalgie homogénéisatrice des lois scientifiques à la célébration de la diversité. Ecoutons Paul Klee : la connaissance des lois, écrivait-il, est précieuse à condition de se prémunir contre tout schématisme confondant la loi pure avec la réalité vivante.23

Parce que la pensée ne suit pas toujours la logique formelle ni aucune autre, aussi matérielle soit-elle, il faut des méthodes qui prennent en compte cette vie, toutes les régions de cette vie, et plus encore les régions cachées car assujetties depuis toujours ou tout juste naissantes,24 et qui se trouvent, souvent, dans les « écotones » où se rencontrent art et science.

L’art du vingt-et-unième siècle est mis, comme la science, au défi d’exprimer la crise environnementale que traverse l’humanité, d’enquêter sur cette crise et de formuler de nouvelles visions et propositions. En ce sens, l’art et les artistes verront leurs possibilités notablement accrues s’ils abordent la nature et les environnements anthropiques en donnant la main à la science et non en lui tournant le dos, afin de retrouver ce qui depuis longtemps semblait perdu :

- l’unité de la connaissance, expression de l’unité du réel ;
- le sujet (en science, dans l’art), sujet pensant, ressentant, imaginant ;
- la possibilité d’une communication totale (faisant intervenir cognitions et émotions) des êtres humains entre eux et avec leur environnement.

A l’art ainsi compris, j’ai donné le nom d’ECOARTE. Je l’ai dit, il y a quinze ans maintenant que j’explore cette voie : une façon de parler du moi au sein du nous, de nous envisager comme des épisodes dans l’univers ; un mouvement situant l’œuvre d’art à l’interface entre ce que nous dit la science et ce que nous souffle l’imagination, entre, aussi, le sujet historique et son contexte, l’environnement. Un art qui serait proche, ou voudrait l’être, de ce qu’Octavio Paz revendiquait comme « art de la convergence », de la réconciliation.25

D’autres artistes m’ont précédée et beaucoup d’autres également mènent leur travail dans une direction semblable. En entamant ce nouveau millénaire, en nous interrogeant sur le progrès et sur les routes qu’il emprunte, il semble possible d’accepter qu’après un siècle de tâtonnements, de séduction, d’erreurs et de rectifications entre la science et l’art, tous deux soient prêts à reconnaître leurs points de convergence pour, ensemble, rendre compte du monde. La crise environnementale dont souffre notre planète est un défi posé à la réconciliation, autant qu’une chance de travail en commun, d’alliance constructive entre artistes et scientifiques.

En fin de compte, nous savons, nous qui nous sommes lancés dans l’aventure de la connaissance, depuis l’un ou l’autre camp (parfois des deux, ce qui est mon cas), que cette aventure est non seulement possible mais valable et gratifiante, quand nous cherchons à connaître avec notre corps, notre passion, nos rêves, nos sentiments… et notre esprit.

Le passage de la modernité à la postmodernité nous offre déjà, pour ce faire, une nouvelle vision du savoir : d’un savoir qui intègre sans exclure ; qui englobe sans rejeter ; qui assume l’incertitude, le hasard. Vision conservant l’étonnement pour poser des questions communes, pour reconnaître tout ce qui nous reste à découvrir,

A nous,
promenents de la vie,
qui avons voulu la comprendre
et, pour finir,
nous contentons de l’aimer.


MARIA NOVO
Pozuelo de Alarcón (Madrid), année 2001

NOTES

1 ARGULLOL, R. (1995), Naturaleza : la conquista de la soledad. Lanzarote, Fundación César Manrique.
2 BERGER, J. (1985), The sense of sight.
3 PAZ, O., El mono gramático. Trad. en français Le singe grammairien, Flammarion, 1982.
4 Sur ce thème, voir BATESON, G., Mind and Natura. A necessary unity ; trad . en français Une unité sacrée : quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit, Seuil, 1996, et BOHM, D. (1987), Wholeness and the implicate order.
5 Concernant la crise de la modernité et les conceptions postmodernes, on se reportera à la vaste bibliographie de Baudrillard, Foucault, Derrida, Lyotard, Vatimo… Parmi les travaux en langue espagnole, citons RIPALDA, J.M. (1996), De Angelis, Madrid, Trotta, et PINILLOS, J.L. (1997), El corazón del laberinto, Madrid, Espasa Calpe. Sur le domaine spécifique de l’art, voir DANTO, A.C., After the end of art, trad. en français Après la fin de l’art, Seuil, 1996.
6 Sur ce nouveau concept de frontière, voir WILBER, K. (1979), No boundary.
7 Cf. entre autres l’œuvre de WATZLAWICK, P., von GLASERFELD, E. et VARELA, F.
8 MATURANA, H. et VARELA, F. (1990), El árbol del conocimiento. Madrid, Debate.
9 PRIGOGINE, I., Le leggi del caos. Trad. en français Les lois du chaos, Flammarion, 1997.
10 BATESON, G., op. cit.
11 GELL-MANN, M. (1994), The quark and the jaguar : adventures in the simple and the complex.
12 Sur ce thème, voir WAGENSBERG, J., Ideas sobre la complejidad del mundo, trad. en français L’âme de la méduse : idées sur la complexité du monde, Seuil, 1997, et (1988) Ideas para la imaginación impura, Barcelona, Tusquets.
13 BOZAL, V. (1997), Historia de las ideas estéticas. Madrid, Historia 16.
14 BOHM, D. et PEAT, D. (1987), Science, orden and creativity.
15 Cf. VALENTE, J.A. (1994), Las palabras de la tribu, Barcelona, Tusquets.
16 GOMBRICH, E. et ERIBON, D. (1998), Ce que l’image nous dit : entretiens sur l’art et la science. Diderot multimedia.
17 Voir à ce sujet l’intéressante étude de DURAND, G. (1997), L’imaginaire : essai sur les sciences et la philosophie de l’image, Hatier, et sa référence à l’œuvre de HOLTON, G.
18 On se reportera entre autres à la vaste œuvre de PRIGOGINE,I., BOHM, D. et REEVES, H.
19 POPPER, K. (1965), Of clouds and clocks, et ses ouvrages postérieurs sur le déterminisme et l’indéterminisme dans les sciences.
20 CAPRA, F., The Tao of Physics, trad. en français Le tao de la physique, Tchou, 1999. La question est amplement traitée aussi dans son autre ouvrage The turning point, trad. en français Le temps du changement : sciences, société et nouvelle culture, Ed. du Rocher, 1983.
21 PRIGOGINE, I. et STENGERS, I. (1979), La nouvelle alliance : métamorphose de la science.
22 ITTEN, J., cité dans DROSTE, M. (1993), Bauhaus. Berlin, Bauhaus-Archiv Museum für Gestaltung.
23 KLEE, P. (1998), Théorie de l’art moderne, Gallimard Poche.
24 ZAMBRANO, M., El claro de la vida, trad. en français Les clairières du bois, Ed. universitaires du Sud, 1989.
25 PAZ, O., La otra voz, trad. en français L’autre voix : poésie et fin de siècle, Gallimard, 1992.