| Ecoarte: l'art de la confluence
María Novo
Le regard tourné vers un nouveau millénaire,
comment scruter l’horizon sans un rappel du passé,
de ce proche passé qui nous accompagne encore, dans
le cadre historique de ce que nous avons nommé modernité
?
En passant de 2000 à 2001, nous laissons derrière
nous un siècle de luttes et de conflits, de pressions
sur l’environnement que nous n’avions jamais connues
aussi fortes. Une étape où l’humanité
a disposé à portée de main de moyens
technologiques sophistiqués et les a utilisés,
souvent, poussée par le seul intérêt économique,
défiant les limites et les conditions posées
par la nature. Nous avons vécu une violente contradiction
entre l’économie, fonctionnant sur le court terme
et la recherche du profit immédiat, et la nature, qui
ne peut renouveler ses ressources qu’à long terme.
Economie et écologie correspondent à deux logiques
distinctes, à deux temps, deux rythmes difficilement
conciliables. La prépondérance des valeurs économiques
sur les valeurs écologiques est une des causes de la
crise environnementale qui frappe notre planète.
Le vingtième siècle aura été
une ère de construction (de nationalités, de
modèles culturels, de systèmes de technologie
avancée…) mais aussi, sans aucun doute, de destruction
: d’organismes vivants, d’espèces, d’écosystèmes
d’une grande valeur écologique, de la diversité
et du patrimoine culturels.
Le théâtre de cette aventure est ce que nous
appelons société de la mondialisation, dont
la caractéristique essentielle réside dans une
économie toujours plus planétaire et dans l’accumulation
du pouvoir financier et de décision par quelques centres
stratégiques, contribuant de beaucoup aux graves déséquilibres
entre le Nord et le Sud comme à une problématique
écologique préoccupante.
Il importe de rechercher les causes de cette crise, celle
d’une société où la logique du
savoir en tant que pouvoir a abouti à une logique de
la domination en tant que destruction.1 Tel est, au bout du
compte, le monde dont nous héritons, et cette interrogation
sur les origines peut nous éclairer quant à
certaines erreurs qui nous ont conduit là où
nous sommes. Elle est nécessaire pour réorienter
les modes de pensée et d’action susceptibles
de nous aider, au matin du vingt-et-unième siècle,
à surmonter cet état de conflit planétarisé.
Des multiples causes qu’il nous est possible de discerner
(ignorance des limites de la nature ; confusion entre croissance
et développement ; primauté donnée aux
valeurs économiques sur les critères éthiques…),
il est en une que j’aimerais, pour sa portée
générale, souligner ici. Il s’agit de
l’oubli ou de l’ignorance d’une idée
capitale pour comprendre le fonctionnement du monde : l’idée
d’interdépendance, qui nous dit que tout est
intiment lié, dans le monde réel comme dans
celui des apparences, que tout, même visuellement, est
corrélé, pour savoir soumettre le sens de la
vue à cette interdépendance.2 Il faut pour cela
revoir la manière dont l’humanité, sur
le plan physique aussi bien que social, a fait graviter sa
pensée et ses actes autour de l’existence supposée
de frontières.
Dans la sphère théorique, la physique et les
autres sciences naturelles, sociales et humaines ont connu
en leur sein de véritables révolutions qui allaient
à l’encontre de ce phénomène de
cloisonnement du monde. Mais ces révolutions sont restées,
pour la plupart, circonscrites à l’univers des
spécialistes ou des érudits. Dans le même
temps, les sciences et les techniques régnantes maintenaient
les hypothèses des siècles précédents,
d’une science mécaniste envisageant le monde
du vivant comme une banale machine que l’on pourrait
décomposer, ainsi que le fait un horloger, pour, ses
pièces prétendues indépendantes en mains,
tout prévoir, tout contrôler et le cas échéant
corriger.
Je me suis concentrée sur cet aspect : la fixation
de frontières, en tant que vestige du vieux modèle
réductionniste de la modernité qu’il semble
nécessaire, à l’heure actuelle, de réviser.
Je veux réfléchir sur la façon dont il
reste présent dans nos vies, dirigeant l’économie,
l’éducation et la culture, pour poser tout haut
cette question : est-il possible que nous en nous défaisions,
avec d’autres hypothèses anciennes qui ont prouvé
leur inefficacité, pour sortir de la crise ?
On nous a inculqué une pensée basée
sur les frontières ; on a tracé des démarcations
précises sur les cartes et dans la vie, des séparations
visibles entre les pays mais aussi beaucoup d’autres,
matérielles ou symboliques, qui ont été
déterminantes dans la formation de notre façon
d’appréhender le monde :
- Frontières entre la nature et les êtres humains
: la pensée scientifique de ces derniers siècles,
héritière d’un idéal cartésien
qui a fait le départ entre la « res cogitans
» et la « res extensa », a imprégné
durant le vingtième siècle non seulement les
sciences et les techniques mais nombre d’autres domaines
culturels, consolidant une cosmogonie qui conditionne puissamment
les relations entre l’être humain et son environnement.
Parce que la personne et la nature sont considérées
comme des entités isolées, voire opposées,
les actes de la première à l’égard
de la seconde se vident de tout contenu moral qui aurait pu
servir de correctif aux visées dominatrices de notre
espèce. De même pour les relations entre les
secteurs industrialisés de la planète et les
cultures et communautés invisibles pour l’économie
et, de ce fait, exclues du monde du bien-être.
- Frontière, également, entre la pensée
occidentale, linéaire, et d’autres formes de
pensée, par exemple orientales, plus proches des modèles
circulaires que propose aujourd'hui la physique pour interpréter
le monde. Notre idéal de vie, appuyé sur l’idée
éclairée de progrès, débouche
sur la défense rarement fondée d’une croissance
économique synonyme de qualité de vie. Un siècle
de confusion entre « plus » et « mieux »
laisse derrière lui, désamorcés, non
seulement la réflexion de nombreux philosophes et scientifiques
sur la valeur du petit et de la différence entre «
valeur » et « prix », mais les apports que
nous aurions pu recevoir d’autres cultures dans un climat
de dialogue et non de rupture épistémologique.
- Frontières, honteuses, entre les pays ou régions
industrialisés et le reste de la planète. Au
milieu du siècle, 25% de l’humanité consommaient
75% des ressources mondiales. Au terme de l’an 2000,
ce sont 18% des êtres humains qui gardent pour eux 80%
de ces ressources. Et l’horizon n’est guère
prometteur si l’on doit en rester au vieux modèle
économique d’accumulation.
- Frontières, séparations nettes, entre les
centres de décision de l’économie mondiale
(multinationales, bourses de valeurs…) et la périphérie,
qui se borne à recevoir des ordres et à subir
les conséquences de ce que d’autres décident
pour elle, situation qui a fait dire à Nelson Mandela
qu’il y a aujourd'hui « des mondialisateurs et
des mondialisés ».
- Enfin, à côté de celles-là et
de toutes celles que nous laissons ici au second plan, il
est une frontière à mon sens essentielle, qui
a sous-tendu tout ce qui est arrivé, lui a donné
corps, et que nous sommes quelques-uns à vouloir briser,
dépasser ou au moins changer. Il s’agit, bien
sûr, de la division si fréquente entre le monde
de la science et celui de l’art, qui les a vu cheminer
l’un sans l’autre, parfois dans une ignorance
réciproque, alors qu’ils sont tous deux des modes
de connaissance et d’interprétation du monde,
dont l’être humain a besoin pour se construire
une vie équilibrée sur la planète.
Si nous savons quelque chose des frontières, de toutes
les frontières, c’est leur caractère toujours
forcé, artificiel, c’est qu’elles défient
l’unité du réel, que leur fixité,
comme toute fixité, est toujours momentanée,3
un peu illusoire. Nous savons aussi, l’histoire nous
l’apprend, que cette idée a néanmoins
conduit l’humanité à perdre le sens de
la globalité (globalité des êtres vivants
dans leur réseau de relations, de l’esprit avec
le corps humain, de l’existant en tant qu’esprit
et nature imbriqués).4
Ce phénomène est allé de pair –
il ne pouvait en être autrement – avec un certain
oubli de la valeur du sujet, de l’individu, aussi bien
comme observateur de la science (un observateur longtemps
mésestimé) que lorsqu’il est observé
par celle-ci et que l’on prétend alors réduire
l’être humain, dans sa spécificité
unique, à des lois scientifiques générales.
Dans la pratique, l’individu créateur, le sujet
de la connaissance, est l’interprète de la complexité
du monde ; il « crée » la réalité
en cherchant à la connaître, ainsi qu’il
est dit dans l’un des poèmes de cet ouvrage.
Et il la crée en mêlant à ce qu’il
observe ses attentes et ses illusions, parfois aussi son désir
de découvrir ce qu’il cherche. Ce faisant, il
utilise l’intégralité de son être
: raison et émotion, corps et esprit, théories
et rêves. En d’autres termes, il interprète
sans frontière... Sans frontière comme devrait
l’être la construction de connaissances au siècle
dans lequel nous entrons, époque postmoderne, où
dépasser nombre des défauts et des excès
de la modernité.
Car si la modernité eut une caractéristique,
c’est bien ce propos de délimiter, de disséquer
scientifiquement, de poser des séparations physiques
et symboliques dans l’espace, dans les manières
d’accéder à la connaissance, dans le mode
d’utilisation des savoirs. Nous avons vécu un
temps de césures et de spécialisation : les
universités ont segmenté le savoir en départements,
unités, disciplines ; la science a progressé
en isolant des fragments de réalité soumis à
la recherche, se préoccupant rarement de reconstituer
ensuite le tout. L’humanité a organisé
des espaces de vie, des domaines d’apprentissage, des
lieux de loisirs, bien distincts, dans un processus réductionniste
qui, en morcelant la vie, nous a laissés de plus en
plus seuls.
Les résultats, on l’a vu, ne sont guère
encourageants. L’environnement est un bon indicateur
des effets négatifs de cette manière de concevoir
le monde et d’agir sur lui. Dévastation de la
nature, fossé économique et social entre le
Nord industrialisé et le reste de la planète
; rupture des mécanismes de solidarité les plus
élémentaires entre les générations
et au sein des générations ; guerres, famine
et misère pour une grande part de l’humanité
: voici le bilan à l’issue du millénaire.
L’heure de la crise, cependant, est aussi celle du
changement possible. Du constat d’échec d’une
modernité qui n’a pas su tenir les promesses
de ses grands récits d’émancipation,5
on peut tirer – et on a commencé à le
faire – d’autres façons d’être
et d’agir sur le monde, de voir et de nous voir, d’autres
critères pour faire avancer la connaissance.
On entrevoit aujourd'hui un glissement de structures hiérarchisées
à une société en réseaux ; des
scénarios où l’importance du petit, de
la décentralisation, passe au premier plan et se reproduit
sans frontières… Nous sommes au matin passionnant
d’une postmodernité possible, où loin
de penser des objets isolés, on commence à réfléchir
en termes de relations, de liens unissant ce qui était
apparemment séparé ou semblait antagonique :
l’un et le multiple, l’intérieur et l’extérieur…
la science et l’art.
Dans ce contexte pourra peut-être prospérer un
nouveau concept de frontière, dans lequel celle-ci
ne sera plus ce qui sépare, ce qui divise deux réalités
et instaure un monde d’éléments antagoniques.6
La frontière sera ce tissu poreux et transparent au
travers duquel, par osmose, ce que nous nommions « contraires
» se mêle et trouve une place pour dialoguer :
l’ordre et le désordre, le vide et le plein,
le pensé et le ressenti. Et, de même, la création
artistique et l’entreprise scientifique.
Cet autre concept de frontière pourrait contribuer
au nouveau modèle qui se fait jour alors que nous dépassons
le stade de la modernité. La frontière y serait
ce qui unit deux réalités, zone interstitielle
où se produisent des rencontres vitales d’une
signification particulière : celle de l’être
humain avec son environnement, de groupes sociaux de différentes
origines culturelles, ou encore celle d’écosystèmes
négociant la vie sur des espaces partagés, tels
les écotones, ces zones de transition, interfaces entre
la forêt et la prairie ou entre la terre et la mer.
D’un point de vue écologique, les écotones
méritent une attention spéciale, comme tout
ce qui possède une grande valeur. Ce sont des écosystèmes
du plus haut intérêt, mais aussi d’une
grande fragilité et vulnérabilité. Les
échanges qui s’y opèrent sont indispensables
à la vie parce que, justement, il s’agit de lieux
où s’opèrent l’union et la mise
en relation. Les écotones sont l’image même
du nouveau concept de frontière, vu sous l’angle
positif de l’intégration. Nous avons leur exemple
pour commencer à comprendre la fusion possible de deux
formes de connaissance, la science et l’art, de deux
lieux de passage incités à la symbiose, deux
opportunités de rencontre, deux façons de s’étonner
et de questionner, deux langages qui ont besoin l’un
de l’autre, dont nous avons besoin, pour appréhender
le macrocosme et la place du moi dans le microcosme qui le
reproduit et nous accueille.
Le vingt-et-unième siècle est l’occasion
de mettre en pratique ce nouveau concept de frontière,
abandonnant celui qui nous a menés à la crise.
Nous commençons à voir la science et l’art
non comme des réalités distinctes, mais comme
les manifestations d’une même réalité
: le grand hologramme du monde. Tous deux s’offrent
à nous comme des voies d’accès à
la connaissance de cet unique espace habitable qu’est
notre planète, lieu de bonheur dès la responsabilité.
La rencontre de la science et de l’art apparaît
ainsi non seulement comme l’expression d’un nouveau
modèle environnemental qui nous permettra de sortir
de la crise, mais comme une vraie chance de prouver la complémentarité
de tant d’éléments que le vieux modèle
nous présentait comme opposés : l’être
humain et la nature ; le visible et l’invisible ; le
masculin et le féminin ; l’imagination et la
raison ; l’action de modifier l’environnement,
et l’exercice responsable de la conscience.
En ce tournant du millénaire qui marque la fin d’une
modernité faite de tant de disjonctions, nous sommes
quelques-uns à tenter de montrer la complémentarité
de ces deux langages pour rendre compte de l’environnement
et des lois de la vie. J’ai baptisé ECOARTE le
travail que je réalise dans ce domaine depuis 1986,
parce qu’il représente une alternative au vieux
modèle qui a engendré la crise environnementale
et entend intégrer une interprétation du monde
fondée sur les sciences expliquant la vie sur la Terre,
et la recherche, l’imagination et l’expression
artistiques. Que l’on ne s’y trompe pas : le projet
ne se définit pas par son utilitarisme – loin
de là mon intention – mais par ce qu’il
recèle d’utopie possible, de vision prospective
d’un au-delà qui serait lieu de rencontres.
Cet « éco-art » surgit donc comme un art
métis, né de la confluence de deux savoirs,
scientifique et artistique, en vue d’une interprétation
de l’environnement. Un art de la réconciliation,
de la recherche commune, pour renouer les dialogues perdus
et nouer les liens qui ne l’ont jamais été.
Un art, ainsi conçu, très proche des attentes
de la postmodernité qui recherche, elle aussi, à
concilier deux mondes et deux formes de connaissance trop
longtemps désunis, artificiellement séparés.
Science et art sont en effet essentiellement tous deux des
formes de connaissance, des langages, qui s’efforcent
de répondre aux mêmes questions, au besoin d’atténuer
la peur que suscite en nous le vide, l’ignorance. La
science se fonde sur la présomption que la nature peut
être comprise et décrite « telle qu’elle
est ». Ce modèle présentant la connaissance
comme la « représentation » du monde a
eu sous l’ère moderne de nombreux détracteurs
(Nietzsche et Heidegger, pour n’en citer que deux) et
a été démantibulé au sein même
de la sphère scientifique, notamment avec les progrès
de la physique du vingtième siècle et le développement
des théories cognitives constructivistes.7
L’influence de l’observateur sur ce qui est observé,
l’impossibilité de « mesurer » sans
influer sur la mesure, les limites des instruments avec lesquels
nous observons, ont mis en cause cette prétention à
la validité totale, objective et universelle de la
connaissance scientifique. Nous préférons rappeler
aujourd'hui, avec Maturana,8 que tout ce qui a été
dit l’a été par un observateur, renvoyant
à l’affirmation énoncée des années
avant par Nietzsche, selon laquelle il n’existe pas
de faits, mais seulement des interprétations.
Les progrès scientifiques, néanmoins, ont résolu
un très grand nombre de problèmes posés
à l’humanité. On se tromperait en méprisant
la valeur d’un savoir, celui de la science, qui traduit
un immense effort de l’être humain tout au long
de son histoire. La science est et restera une tâche
noble et ardue, ayant pour caractéristiques essentielles
:
- la recherche de l’objectivité maximale ;
- la formulation de lois ou de principes généraux
;
- l’intelligibilité, c’est-à-dire
la capacité de ces lois ou principes à exprimer
sous une forme synthétique (« comprimée
») les systèmes par les phénomènes
qu’ils représentent, la « compréhension
» étant directement liée à cette
« compression » ;
- la soumission à la démarche dialectique admettant
que la connaissance, pour être scientifique, doit pouvoir
être démontrée fausse, démolie
par l’expérience ou par de nouvelles lois ou
théories décrivant mieux le même objet.
En science, la méthode est essentielle. La méthode
scientifique exige du chercheur, comme on vient de le dire,
la plus grande objectivité possible, autrement dit
la plus grande distance possible entre l’observateur
et l’objet observé. Un autre aspect essentiel
est l’intelligibilité des processus et des résultats,
sur la longue route qui consiste à délimiter
des parcelles de la réalité, fixer leurs limites,
les isoler, négliger les variables cachées,
etc.
Lorsque la science parvient à des lois ou des principes
prétendant à l’universalité, il
faut se souvenir que les lois de la nature sont fondamentalement
probabilistes, c’est-à-dire qu’elles expriment
ce qui est possible et non ce qui est « certain »,9
qu’elles ne nous indiquent, en fait, rien d’autre
que des « sens interdits », ce qu’il est
impossible de faire, mais jamais de « sens obligatoires
». Selon l’affirmation de Bateson, la science
améliore parfois les hypothèses, parfois les
réfute, mais les « prouver » est une autre
affaire : la science recherche, elle ne prouve pas.10 Ce point,
fréquemment oublié ou occulté, nous ramène
à la vieille maxime de Socrate, qui déclarait
que la science réside davantage dans l’élimination
d’erreurs que dans la découverte de vérités
et, plus près de nous, à la formule d’Ortega
y Gasset, selon laquelle la science est ce qui prête
toujours à discussion.
Quant à la démonstration dialectique de fausseté,
il convient de tenir compte du fait que l’entreprise
scientifique est, par essence, autocorrective11, et que si
un élément de connaissance scientifique se heurte
à l’expérience ou à une autre théorie
mieux adaptée au phénomène étudié,
il sera remplacé par ce nouvel élément.
Nous sommes donc amenés à comprendre que les
vérités scientifiques sont par définition
provisoires, révocables.
Qu’en est-il de l’art ? En quoi est-il produit
et se manifeste-t-il comme un apport humain au phénomène
de la vie ? Il constitue, naturellement, une autre forme de
connaissance, tout aussi légitime que la science, mais
distincte, complémentaire, et comme elle incontournable
pour comprendre le monde, l’environnement qui nous entoure.
L’art repose sur le postulat que les êtres humains
peuvent pressentir, connaître, imaginer, exprimer des
aspects de la réalité par le truchement de mécanismes
qui seraient déplacés dans le cadre de la science,
et que nous contribuons ce faisant, comme l’affirme
Jorge Wagensberg, à dévoiler des facettes complexes
du monde inintelligibles d’un point de vue scientifique.12
L’intuition, l’imagination, l’aptitude à
établir des associations inédites, sont en effet
des aptitudes de l’être humain qui permette d’accéder
à des espaces et à des niveaux de complexité
impossibles à appréhender ou à comprimer
dans une théorie, une formule ou une loi générale.
Je ne pense pas seulement à des expériences
complexes comme la douleur, la joie, le mystère d’être
en vie, la faculté d’aimer, mais à des
énigmes que la science tente d’expliquer depuis
des siècles sans l’avoir fait encore totalement
à ce jour :
- l’infiniment grand (le cosmos),
- l’infiniment petit (l’univers subatomique),
- le vivant (le phénomène de la vie dans sa
globalité).
Comme la science, l’art naît de l’étonnement,
du questionnement, du doute, de la peur, mais en partant de
prémisses et d’attitudes autres, en employant
des ressources qui n’appartiennent pas à la première,
en tendant vers des résultats qui échappent
à toute objectivation. La science vise avant tout à
définir des lois ou des principes généraux.
Pour l’art, la raison première réside
dans l’individualité et la différence
de l’artiste, dans l’originalité de l’œuvre
en ce qu’elle a précisément d’unique
et d’irremplaçable.
Or, outre sa fonction révélatrice, l’art
porte en lui l’opportunité de créer la
réalité (et pas seulement de la connaître).
Il est un espace privilégié de création
de connaissances. C’est ce qu’entendait, sans
doute, Holderlin, en disant que l’être humain
habite « poétiquement » la terre : en tant
que créateur. C’est là une idée
souvent transmise par la philosophie à la science :
l’art imite la nature, parce que telle est justement
la seule activité humaine supposant une création
au sens strict, faisant de l’artiste le co-créateur
de son environnement.
Dire que l’œuvre d’art est « une œuvre
de la nature », c’est dire que l’artiste,
le créateur, ne se soumet pas forcément à
des lois imposées de l’extérieur, mais
se donne ses propres règles, crée en totale
liberté, à l’instar, à l’exemple
de la nature. Comme elle, il est libre,13 comme elle il crée,
fréquemment, dans des conditions éloignées
de l’équilibre, suivant un processus d’auto-organisation.
Que nous offre alors l’art que la science ne peut nous
donner ?
Paul Klee a su parfaitement le formuler en quelques mots
: l’art est ce qui rend visible l’invisible. Il
consiste pour nous à être capables de voir et
d’exprimer ce qui ne se manifeste pas en apparence mais
qui existe, dans le monde réel ou imaginaire.
Créer, agir à partir de l’art, nous permet
d’opérer cette réorganisation entre l’imaginaire
et le réel en instaurant des liens entre ce que nous
suggèrent les sentiments, les émotions et l’activité
mentale organisée. Comme en science, la méthode
en art est fondamentale. Mais il s’agit, on s’en
doute, d’une méthode différente, guidant
d’autres processus et produisant des réponses
d’un autre ordre :
- Face au dessein d’universalité de la science
qui tend à homogénéiser, à réunir
les différences sous des lois ou des principes d’application
universelle, l’art cherche à créer et
à exprimer ce qui est différent, unique, irremplaçable.
- Face à la nécessaire séparation scientifique
entre l’observateur et l’observé, l’art
se fonde sur l’implication de l’artiste dans son
œuvre, soit dans une attitude esthétique de retrait,
de silence créateur, ou bien pour laisser l’imagination
créatrice permettre la communication entre la personne
qui crée l’œuvre et celle qui, en l’abordant,
la recrée.
- Face à la notion d’intelligibilité
de la science (et de « compression » des lois
scientifiques) que suppose l’acte d’isoler, de
délimiter, l’art ne tente pas de réduire
la complexité, il se borne à l’accepter.
Il se contente de la recréer, de l’imaginer,
de représenter les aspects du réel ou de l’imaginaire
qui se manifestent à l’artiste, laissant l’explication
finale non comme quelque chose de construit à l’avance,
mais comme quelque chose qui se construit dans un acte irremplaçable
: la rencontre entre deux subjectivités entières,
celle de l’artiste créateur et celle du spectateur
interprète, qui fait de l’œuvre d’art
une entité vivante, ouverte, par essence inachevée.
- Enfin, l’art ne saurait être soumis à
la démonstration de sa fausseté, puisqu’il
ne prétend ni à l’universalité,
ni à la vérité. L’œuvre d’art,
par définition, est évocation, incomplétude.
Face à la volonté de dénoter de la science,
l’art ne fait que connoter, rendant par là même
la récréation possible et donnant, parfois,
à l’œuvre plus de significations et d’autres
significations que celles que lui octroya sur le moment son
créateur.
L’art est ainsi espace de liberté, où
l’on peut imaginer des mondes possibles et leur donner
forme. Espace de création et de communication où
fleurit la diversité, où l’on peut étudier,
interpréter l’existant, et l’anticiper.
Sur ce pouvoir d’anticipation de l’art, les histoires
sont nombreuses et très belles. Les tableaux de Turner
en sont un exemple. Le peintre sut dépasser les vieilles
règles géométriques en imposant les siennes
propres, celles de la lumière, de l’air et de
l’eau animés par un tourbillon permanent. On
s’étonnera, avec Bohm et Peat, que ces œuvres
aient été peintes trois siècles avant
la publication par J.C. Maxwell de sa théorie électromagnétique
de la lumière, révélant, en lieu et place
de l’ordre newtonien aux trajectoires linéaires
et aux formes rigides, des champs de rotation interne en mouvement
perpétuel. On peut presque voir ce mouvement dans le
Regulus, où l’air et l’eau remplacent la
vieille structure linéaire.14
Retournons de nouveau a la science, a son enorme valeur :
sans elle, nous n’aurions ni vaccins, ni antibiotiques,
ni boussoles pour guider nos pas, ni eau potable… Nous
ne pourrions pas non plus comprendre bien des facteurs complexes
du comportement humain, de l’apprentissage, du fonctionnement
des individus et des groupes. Le travail scientifique est
une noble tâche et la science possède de surcroît
un avantage : on peut l’enseigner. Le savoir scientifique
est transmissible ; mieux, les connaissances se construisent
sur celles qui les ont précédées, la
résolution des problèmes est ainsi une longue
route sur laquelle les scientifiques marchent sur les «
traces » de leurs devanciers.
L’art, lui, ne s’enseigne pas. On peut certes
enseigner, comme le disait Borges, l’amour de l’art
: apprendre à regarder, à écouter, à
percevoir… Ce n’est pas rien. L’amour de
l’art peut changer notre regard, faire de nous la part
active de cet exercice de séduction qu’est la
rencontre de l’œuvre d’art et du spectateur
(séduction qui englobe aussi l’artiste créateur,
si souvent séducteur imaginaire et imaginé).
Mais l’essence de l’œuvre d’art réside
dans cet acte ineffable de l’intuition première,
presque toujours donné dans la solitude, miracle rare
produit, selon les mots de Valente, dans tout l’espace
de l’être, sans aller vers quoi que ce soit.15
Même ainsi, néanmoins, l’œuvre créée
dans cet instant de silence finit souvent par trouver dans
le monde un lieu pour dialoguer, un moment où quelque
autre se fait complice du regard premier, où créateur
et spectateur mêlent leur intuition ou leur désir,
unissent enfin le visible et l’invisible.
Dans cet exercice, lorsque l’œuvre d’art
est perçue par le spectateur en un équilibre
subtil entre le trop évident et le trop difficile,16
sont mobilisés, comme dans l’acte de création,
cœur et raison, corps et esprit, réalité
et imagination. L’essentiel de la méthode artistique
tient ici à cette « ouverture des frontières
» (dans leur ancienne acception) qui fait que ce que
nous pensons et ce que nous rêvons ou découvrons
tend à se fondre avec le cosmos en un espace unique
abritant l’accord du moi et du nous, de l’ordre
et du désordre, du hasard et de la nécessité
: un séjour où se rejoignent la contingence
de tout ce qui vit et la capacité de transcender notre
existence.
Les frontières sont alors des corps perméables,
de minces et fines membranes laissant passer l’onde
de part et d’autre. Disparues les fausses limites entre
le microcosme (l’univers du moi et de son environnement)
et le macrocosme (le vaste espace qui nous entoure tous),
la vie s’installe en se métissant, invitation
à habiter dans la coopération et la compassion
cette chaude planète ou l’amour s’éveille
menacé,
Mais s’éveille, enfin,
Et nous réveille.
Au bout du compte, on peut se demander s’il existe,
du moins quant à la méthode, une expérience
ou un moment communs où se confondent l’entreprise
scientifique et artistique. Il semble que oui, et à
plus d’un titre. Il suffit de penser, par exemple, à
la façon dont l’imagination scientifique entre
en jeu à l’heure décisive de formulation
d’une hypothèse. L’esprit du scientifique
fonctionne alors comme celui de l’artiste. Il fait appel
à une multitude de liaisons inédites, de liens
inventés, inexistants. Formuler une hypothèse
est un acte créateur qui tente aussi de rendre visible
l’invisible, même s’il suivra après
d’autres voies pour y parvenir.
Certains experts17 insistent sur le rôle déterminant
des « présupposés thématiques »
ou thêmata dans l’orientation des découvertes
scientifiques, soulignant la place de la formation et des
sources imaginaires de chaque chercheur (contacts, éducation,
lectures…) dans ses attentes à l’égard
de ce qu’il espère ou souhaite trouver, voire
dans l’explication qu’il en donne. Cette influence,
admise en général dans le domaine artistique,
conditionne la méthode scientifique et agit –
qu’on le veuille ou non – tout au long de son
application. Voilà qui rapproche l’un et l’autre
mode de création de la connaissance ou du moins diminue
la distance entre eux.
Revenons-en à la crise et à ses enjeux : il
n’est pas impossible d’affirmer que si la modernité
nous a accablés de fausses dichotomies, la nouvelle
ère qui débute nous incite à réunir
ce qui était séparé. Théories
et rêves, corps et esprit, science et art, analyse et
créativité apparaissent, dans cette perspective,
comme des formes complémentaires appelées, avec
le changement de millénaire, à renverser leurs
barrières pour offrir aux êtres humains un discours
intégré et intégrateur : celui de la
connaissance produite dans les interfaces entre nos cognitions
et nos émotions, entre ce que nos sens perçoivent
et ce que notre esprit conçoit.
Tout le vingtième siècle aura été
une lente mais inexorable préparation à cette
rencontre. Depuis que Max Plank, Einstein, Bohr et beaucoup
d’autres ont fait les premiers pas vers la destruction
de la vieille conception mécaniste du monde, les scientifiques
ont accompli un parcours d’humilité, de reconnaissance
de leurs limites et aussi d’acceptation d’autres
savoirs en tant que catégories complémentaires
et nécessaires pour l’interprétation du
Tout.
David Bohm disait que la nature travaille plus en artiste
qu’en ingénieur et demande, par conséquent,
une attitude fondamentalement artistique pour être comprise.
De nombreux scientifiques ont partagé cette vue et
recouru à la métaphore de la nature «
œuvre d’art »,18 tandis que d’autres19
comparent, avec un sens artistique évident, le passage
de l’entreprise scientifique de l’ancien au nouveau
modèle à l’abandon des « horloges
pour les nuages » (c’est-à-dire d’une
science mécaniste, se préoccupant de phénomènes
réversibles, à une science ouverte à
l’incertain, à l’indéterminé,
au flou… à la vie dans toute sa complexité).
En 1975, un physicien, Frithof Capra,20 posait à haute
voix une question que beaucoup avaient murmuré avant
: la physique moderne a-t-elle un cœur ? En 1979, Ilya
Progogine, prix Nobel de chimie, écrivait avec la philosophe
Isabel Stengers un livre magnifique dont le titre symbolisait
le rapprochement de la science avec d’autres savoirs
: La nouvelle alliance.21 Un tel ouvrage annonçait
une possible union entre la science et la philosophie, ainsi
qu’un mouvement d’attraction poussant les disciplines
scientifiques à s’associer entre elles, donnant
naissance à des domaines interdisciplinaires d’une
extraordinaire fécondité.
L’art et les artistes ont parcouru, de leur côté,
une trajectoire similaire. Depuis l’avènement
des avant-gardes artistiques, tout le vingtième siècle
a été fertile en courants et convulsions interpellant
et questionnant la cohérence et les limites du rationnel.
Des mouvements comme le Bauhaus, en Europe, se sont attachés
à intégrer la capacité de vécu
subjectif et celle de reconnaissance objective, ainsi que
l’annonçait Itten,22 l’un de se grands
pédagogues. En même temps, les avant-gardes artistiques
ont apporté, avec leurs différentes manifestations,
des propositions pour passer de la nostalgie homogénéisatrice
des lois scientifiques à la célébration
de la diversité. Ecoutons Paul Klee : la connaissance
des lois, écrivait-il, est précieuse à
condition de se prémunir contre tout schématisme
confondant la loi pure avec la réalité vivante.23
Parce que la pensée ne suit pas toujours la logique
formelle ni aucune autre, aussi matérielle soit-elle,
il faut des méthodes qui prennent en compte cette vie,
toutes les régions de cette vie, et plus encore les
régions cachées car assujetties depuis toujours
ou tout juste naissantes,24 et qui se trouvent, souvent, dans
les « écotones » où se rencontrent
art et science.
L’art du vingt-et-unième siècle est mis,
comme la science, au défi d’exprimer la crise
environnementale que traverse l’humanité, d’enquêter
sur cette crise et de formuler de nouvelles visions et propositions.
En ce sens, l’art et les artistes verront leurs possibilités
notablement accrues s’ils abordent la nature et les
environnements anthropiques en donnant la main à la
science et non en lui tournant le dos, afin de retrouver ce
qui depuis longtemps semblait perdu :
- l’unité de la connaissance, expression de
l’unité du réel ;
- le sujet (en science, dans l’art), sujet pensant,
ressentant, imaginant ;
- la possibilité d’une communication totale (faisant
intervenir cognitions et émotions) des êtres
humains entre eux et avec leur environnement.
A l’art ainsi compris, j’ai donné le nom
d’ECOARTE. Je l’ai dit, il y a quinze ans maintenant
que j’explore cette voie : une façon de parler
du moi au sein du nous, de nous envisager comme des épisodes
dans l’univers ; un mouvement situant l’œuvre
d’art à l’interface entre ce que nous dit
la science et ce que nous souffle l’imagination, entre,
aussi, le sujet historique et son contexte, l’environnement.
Un art qui serait proche, ou voudrait l’être,
de ce qu’Octavio Paz revendiquait comme « art
de la convergence », de la réconciliation.25
D’autres artistes m’ont précédée
et beaucoup d’autres également mènent
leur travail dans une direction semblable. En entamant ce
nouveau millénaire, en nous interrogeant sur le progrès
et sur les routes qu’il emprunte, il semble possible
d’accepter qu’après un siècle de
tâtonnements, de séduction, d’erreurs et
de rectifications entre la science et l’art, tous deux
soient prêts à reconnaître leurs points
de convergence pour, ensemble, rendre compte du monde. La
crise environnementale dont souffre notre planète est
un défi posé à la réconciliation,
autant qu’une chance de travail en commun, d’alliance
constructive entre artistes et scientifiques.
En fin de compte, nous savons, nous qui nous sommes lancés
dans l’aventure de la connaissance, depuis l’un
ou l’autre camp (parfois des deux, ce qui est mon cas),
que cette aventure est non seulement possible mais valable
et gratifiante, quand nous cherchons à connaître
avec notre corps, notre passion, nos rêves, nos sentiments…
et notre esprit.
Le passage de la modernité à la postmodernité
nous offre déjà, pour ce faire, une nouvelle
vision du savoir : d’un savoir qui intègre sans
exclure ; qui englobe sans rejeter ; qui assume l’incertitude,
le hasard. Vision conservant l’étonnement pour
poser des questions communes, pour reconnaître tout
ce qui nous reste à découvrir,
A nous,
promenents de la vie,
qui avons voulu la comprendre
et, pour finir,
nous contentons de l’aimer.
MARIA NOVO
Pozuelo de Alarcón (Madrid), année 2001
NOTES
1 ARGULLOL, R. (1995), Naturaleza : la conquista de la soledad.
Lanzarote, Fundación César Manrique.
2 BERGER, J. (1985), The sense of sight.
3 PAZ, O., El mono gramático. Trad. en français
Le singe grammairien, Flammarion, 1982.
4 Sur ce thème, voir BATESON, G., Mind and Natura.
A necessary unity ; trad . en français Une unité
sacrée : quelques pas de plus vers une écologie
de l’esprit, Seuil, 1996, et BOHM, D. (1987), Wholeness
and the implicate order.
5 Concernant la crise de la modernité et les conceptions
postmodernes, on se reportera à la vaste bibliographie
de Baudrillard, Foucault, Derrida, Lyotard, Vatimo…
Parmi les travaux en langue espagnole, citons RIPALDA, J.M.
(1996), De Angelis, Madrid, Trotta, et PINILLOS, J.L. (1997),
El corazón del laberinto, Madrid, Espasa Calpe. Sur
le domaine spécifique de l’art, voir DANTO, A.C.,
After the end of art, trad. en français Après
la fin de l’art, Seuil, 1996.
6 Sur ce nouveau concept de frontière, voir WILBER,
K. (1979), No boundary.
7 Cf. entre autres l’œuvre de WATZLAWICK, P., von
GLASERFELD, E. et VARELA, F.
8 MATURANA, H. et VARELA, F. (1990), El árbol del conocimiento.
Madrid, Debate.
9 PRIGOGINE, I., Le leggi del caos. Trad. en français
Les lois du chaos, Flammarion, 1997.
10 BATESON, G., op. cit.
11 GELL-MANN, M. (1994), The quark and the jaguar : adventures
in the simple and the complex.
12 Sur ce thème, voir WAGENSBERG, J., Ideas sobre la
complejidad del mundo, trad. en français L’âme
de la méduse : idées sur la complexité
du monde, Seuil, 1997, et (1988) Ideas para la imaginación
impura, Barcelona, Tusquets.
13 BOZAL, V. (1997), Historia de las ideas estéticas.
Madrid, Historia 16.
14 BOHM, D. et PEAT, D. (1987), Science, orden and creativity.
15 Cf. VALENTE, J.A. (1994), Las palabras de la tribu, Barcelona,
Tusquets.
16 GOMBRICH, E. et ERIBON, D. (1998), Ce que l’image
nous dit : entretiens sur l’art et la science. Diderot
multimedia.
17 Voir à ce sujet l’intéressante étude
de DURAND, G. (1997), L’imaginaire : essai sur les sciences
et la philosophie de l’image, Hatier, et sa référence
à l’œuvre de HOLTON, G.
18 On se reportera entre autres à la vaste œuvre
de PRIGOGINE,I., BOHM, D. et REEVES, H.
19 POPPER, K. (1965), Of clouds and clocks, et ses ouvrages
postérieurs sur le déterminisme et l’indéterminisme
dans les sciences.
20 CAPRA, F., The Tao of Physics, trad. en français
Le tao de la physique, Tchou, 1999. La question est amplement
traitée aussi dans son autre ouvrage The turning point,
trad. en français Le temps du changement : sciences,
société et nouvelle culture, Ed. du Rocher,
1983.
21 PRIGOGINE, I. et STENGERS, I. (1979), La nouvelle alliance
: métamorphose de la science.
22 ITTEN, J., cité dans DROSTE, M. (1993), Bauhaus.
Berlin, Bauhaus-Archiv Museum für Gestaltung.
23 KLEE, P. (1998), Théorie de l’art moderne,
Gallimard Poche.
24 ZAMBRANO, M., El claro de la vida, trad. en français
Les clairières du bois, Ed. universitaires du Sud,
1989.
25 PAZ, O., La otra voz, trad. en français L’autre
voix : poésie et fin de siècle, Gallimard, 1992.
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